Avant la construction du premier théâtre en dur, les amateurs de spectacles se contentaient d’artistes de rue ou de salles trop réduites pour servir des productions de qualité dotées d’une scénographie de circonstance. 

De l'Écurie porte-montmailler...

Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle, en 1743, que l’on retrouve la trace d’une structure couverte accueillant des spectacles et des concerts à Limoges. Cette installation des plus précaires et inconfortables prenait place dans une ancienne écurie près de la porte Montmailler jusqu’en… 1744. L’année suivante, deux pièces de l’Hôtel de ville furent mises à disposition pour l’organisation de spectacles : au programme, concerts, bals masqués, petits opéras et comédies rassemblaient toute la haute société. A cette époque, une réalité nouvelle vit le jour : un besoin de lieux publics où chacun pourrait aller en payant sa place. L’intendant Turgot avait bien eu en projet la construction d’une salle de spectacle mais son départ en 1774 fit avorter le projet. Après l’abandon de la salle de l’Hôtel de ville en 1775 devenue trop vétuste, le public limougeaud émigra alors vers la salle du jeu de paume, rue du Banc Léger, réaménagée en salle de spectacle par le sieur Besse. Un incendie ravagea la salle en 1790 ce qui, un an plus tard, donna au sieur Besse l’occasion de se porter acquéreur du couvent des Recollets Saint François (actuellement la Brasserie «La Bibliothèque») pour y installer un théâtre de 525 places. La capacité se révélant vite insuffisante, la municipalité vota en 1829 la mise à l’étude des plans d’un nouveau théâtre. Il fallut attendre le 29 mars 1840 pour que soit inauguré Place Royale (actuelle place de la République) le «Théâtre Municipal de Limoges» pouvant contenir près de 803 spectateurs (photo en haut à droite). Victime de son succès, la capacité devint à nouveau vite insuffisante. Au coeur de la vie lyrique du début du XXe siècle, la salle fut transformée en salle de concerts qu’on renomma, pour l’occasion, Salle Berlioz en 1932. Désaffectée depuis des années, elle fut finalement détruite en 1953 en raison de sa vétusté.

...au Cirque-Théâtre!

Le 4 février 1911 la municipalité approuve les plans et devis pour la construction d’un Cirque-Théâtre (à l’emplacement de l’actuel Grand-Théâtre). Il s’agissait pour la ville de se doter d’un équipement culturel à haute capacité (3000 spectateurs !) moderne, vaste et polyvalent. La structure inaugurée en octobre 1926 fut à la hauteur des espérances et devint le symbole de la période faste de l’art lyrique à Limoges pendant l’entre-deux guerres. Le public put y applaudir Germaine Feraldy, Georges Thill, Ninon Vallin ou encore Mado Robin pour les plus célèbres…

Du Grand-Théâtre municipal...

Le problème posé par la construction d’un théâtre à Limoges réapparaît à partir des années 50 au coeur des débats du Conseil municipal. Il fallait se rendre à l’évidence : au sortir de la guerre, le Cirque-Théâtre ne répondait plus aux besoins artistiques et culturels de la ville. Un conseiller municipal (M. Charlet) déclara lors de la séance du 18 novembre 1955 : « Sa [le Cirque-Théâtre] forme hexagonale, la disposition de ses sièges et la défectuosité de son acoustique, ne remplissent pas les normes et les qualités exigées d’un public rendu difficile par la fréquentation, à Paris ou d’autres grandes villes, d’établissements confortables et modernes. On a soutenu avec pertinence que l’absence d’une bonne salle de théâtre était responsable pour large part de la désaffection manifestée depuis longtemps par le public limousin ».

Plusieurs projets furent alors présentés :
- Un particulier proposa « la construction d’un établissement à usage mixte […] Théâtre Cinéma sur l’emplacement des ruines de la salle Berlioz ».

Le projet dit « Maon » prévoyait un réaménagement complet de la Place de la République : la construction d’un édifice « monumental » (une tour de 14 étages comprenant appartements et boutiques), de deux salles de spectacle en bordure du boulevard Carnot (un Théâtre-Cinéma de 1500 places et un auditorium de 450 places) et enfin d’un grand hôtel de tourisme. Le projet amputait la Place de la République de 4000 m2 et son équilibre financier était fragile. Il fut donc abandonné.

- Un autre projet (dit « Minaud ») visait la rénovation complète du Cirque-Théâtre et la construction autour du bâtiment existant de logements et de magasins.

- Enfin le dernier projet était à l’initiative du Maire, Léon Betoulle, qui proposa la construction d’un établissement théâtral nouveau en lieu et place du Cirque-Théâtre. C’est finalement cette dernière idée qui l’emporta après que le Maire eût demandé en séance la confiance du Conseil municipal. On demanda à un spécialiste de concevoir ce nouvel équipement. Pierre Sonrel, architecte DPLG, fut retenu pour proposer à la ville un projet qu’il dévoila en 1956 : La construction d’un théâtre moderne de 1600 places disposées à l’Italienne (en haut à droite : photo de 1963), d’un auditorium de 300 places et d’une école nationale de musique pour un montant global de cinq-cent millions de francs (anciens). Malgré certaines oppositions, le Conseil municipal vota la démolition du Cirque-Théâtre qui débuta en 1958.

Cette même année, le 3 novembre, les premiers forages commencèrent Place Stalingrad. Le 17 mars 1963 le «Grand-Théâtre Municipal» fut inauguré par un opéra d’André Messager : Fortunio. Son premier directeur fut René Lafforgue. Parmi les nombreux invités, on compta la présence de MM. M. Bokanowski (ministre de l’industrie et du commerce), G. Picon (directeur des arts et des lettres représentant M. A. Malraux), A. Maurois, le général Vallin (inspecteur général de l’armée de l’air), le préfet Virenque et son directeur de cabinet, enfin, M. L. Longequeue en sa qualité de Maire de Limoges.

...à l'Opéra de Limoges

A sa création, le «Grand-Théâtre» était le seul équipement culturel de la ville. Outre la programmation lyrique qui caractérisait l’établissement, son utilisation devint vite polyvalente et tous les styles de spectacles y furent représentés : opéras, concerts, pièces de théâtre, opérettes, variétés, danse etc.

Depuis, de nombreux équipements (comme les Centres culturels municipaux et le Zénith) ont permis de redistribuer l’offre culturelle. Ainsi la salle « retrouve» progressivement sa vocation première (à savoir la musique lyrique et les spectacles chorégraphiques), occasionnant le changement d’appellation au début des années 2000 (« Opéra-Théâtre ») et en 2016 («Opéra de Limoges»).